Michel-Georges Micberth (Berthe dit), né le 12 août 1945 à Tours d’un père breton et d’une mère angevine, s’est éteint à son domicile le mardi 19 mars 2013. Ecrivain, pamphlétaire, homme politique, chercheur, psychothérapeute, il voulait passer à la postérité pour son travail d’éditeur anthologue, qu’il menait depuis près de trente ans au service de l’histoire locale de notre pays. Mais ce serait occulter une grande partie de la vie bien remplie de cet homme aux multiples talents dont le nom restera à jamais attaché à l’anarchisme de droite comme principal représentant. Homme libre et rebelle, maniant l’humour avec un redoutable talent, il disait : « Ma rébellion, c’est ma vie. Un refus constant. » Philalèthe plutôt que philosophe, il se considérait comme « un boucanier des idées, un aventurier vivant dans un pays exotique. »

 

Le premier fanzine français

 

Esprit libre et curieux, M.-G. Micberth s’est montré précurseur dans de nombreux domaines. Enfant surdoué, martyrisé par ses parents, il fréquente les voyous du « Canal » de Tours pour échapper à l’enfer familial. Il écrit ses premiers poèmes à l’âge de huit ans pour compenser la violence du monde. A 12 ans, il aborde Céline avec bonheur. A 13, il milite pour le retour du pouvoir du général de Gaulle et crée les Jeunesses gaullistes révolutionnaires. Après des études à l’école Brassart de Tours (cours supérieur d’arts graphiques) où il exerce ses talents de dessinateur et de créateur publicitaire, il publie au début des années 1960 le premier fanzine français, « Choc », suivi de « Publi-Choc », qui pose les jalons d’une forme de presse nouvelle. En 1963, Il fonde la Jeune Force poétique française (avec Louis Aragon pour président d’honneur), mouvement actif présent dans 40 pays qui publie livres, revues, anthologies (« Mille Poètes ce jour »), fait passer ses auteurs sur Europe 1 dans l’émission « Rendez-vous aux Champs-Elysées ». En 1964, il quitte le domicile de ses parents, avec 1,80F en poche. En 1967, Micberth lance le mouvement autobusiaque, nouveau mode de création littéraire qui se manifeste dans l’expression poétique et théâtrale (avec les « dégagements », qui annonceront l’humour du café-théâtre et le Splendid). Véritable maître à penser, il est alors entouré de nombreux élèves et collaborateurs qui l’accompagnent dans sa démarche pour une philosophie libertaire et dans son combat contre l’Etat républicain. On rencontre là Alain Camille (futur ADG, auteur phare de la Série noire), Bernard Deyriès (dessinateur, réalisateur notamment de « Ulysse 31 »), Gilles Cormery (poète et artiste peintre), Gérard Lecha (universitaire), etc. En 1968, il pressent le soulèvement à venir et en prévient (sans effet) Georges Pompidou. Il publie « Révolution 70 », brûlot d’une grande violence contre les édiles locaux. Jean Royer, alors maire de Tours, l’oblige à quitter la ville.

 

Redoutable pamphlétaire

 

En 1969, Micberth crée le Centre d’études et de recherches expérimentales du Plessis, véritable laboratoire d’idées pour une nouvelle forme de société et travaille sur l’hypnothérapie, le marginalisme, la psychosexologie... Pour prouver l’imposture démocratique, il se présente à l’élection présidentielle. En 1970, il pose sa candidature aux cantonales et s’attire la haine des pouvoirs en place par des tracts incendiaires. En 1971, il ouvre un cabinet de psychologue praticien et travaille en tant que clinicien des hôpitaux psychiatriques à Chezal-Benoît. En 1972, il rédige « Le Pieu chauvache », roman noir baroque. La même année paraît « Actual-Hebdo », journal qui permettra à Micberth de se tailler une réputation de redoutable pamphlétaire sous le pseudonyme d’Eric Asudam. Le titre lui est décerné dans « L’Anthologie du pamphlet de la Libération à nos jours » (aux côtés de Céline, Bloy, Daudet, Bernanos, etc.) publiée par « Le Crapouillot » en 1973, où il est également présenté comme le géniteur du style « mèque ». Il fonde la Nouvelle Droite française, mouvement clandestin d’inspiration aristocratique qui sera rendu public en 1976. Un an plus tard, il entre comme chroniqueur polémiste à l’hebdomadaire « Minute » où il publie un article très remarqué sous le titre d’« Apostrophe à la justice ». Quelques mois plus tard, le journal s’apprêtant à soutenir la candidature de Jean Royer à la présidentielle, Micberth claque la porte. Le 15 août 1974, victime d’une machination politico-policière, il est arrêté et incarcéré 15 jours à Fresnes dans le cadre de l’affaire des chèques Pompidou. Il obtiendra sa relaxe après cinq ans de procédure judiciaire.

 

« Vers une nouvelle droite »

 

En 1976, publie dans « Le Quotidien de Paris » un article prémonitoire intitulé : « Vers une nouvelle droite » où il prône le fameux « droit à la différence » qui fera florès. En 1977, il enregistre « Apologie de l’abstention » pour l’émission « Tribune libre » diffusée sur FR 3. L’année 1979 voit l’éclosion de « l’été de la nouvelle droite » dans les médias où M.-G. Micberth donne interviews, articles, communiqués. Il publie le manifeste « Révolution droitiste » l’année suivante, en collaboration avec François Richard. Il est réélu directeur du bureau politique de la NDF et lance Radio Philalèthe (radio d’informations téléphonées) ainsi que le mensuel « Révolution droitiste ». En 1981, Micberth tourne NEV (Nouvelle Elite Vidédomagazine), premier magazine audiovisuel sur cassettes vidéo, réalisé par Bernard Deyriès. En 1982, il enregistre sa dernière allocution télévisée sur FR3, sous le titre : « Prout caca boudin ou l’Etat socialo-communiste » et publie le journal pamphlétaire « Le Nouveau Pal », qui exprime un aristocratisme sans concession. En 1983, les éditions Res Universalis (plus tard Res Universis) voient le jour. En 1985, La Nouvelle Droite française cesse d’exister et paraît le journal pamphlétaire « La Lettre de Micberth ». En 1987, Micberth crée et développe le « Roy’s club », service télématique où une nouvelle forme de convivialité voit le jour soutenue par une nouvelle écriture minitellienne. « Mégalo », premier libelle télématique qui annonce blogs et autres publications en ligne, est lancé, avec chroniques, billets d’humeur, articles, courrier.

 

Se consacrer à son activité d’éditeur

 

En 1988 paraît aux PUF « L’Anarchisme de droite dans la littérature contemporaine », thèse de doctorat soutenue en Sorbonne par F. Richard, qui fait une large place à l’œuvre micberthienne. Trois ans plus tard, sortira un « Que sais-je ? » intitulé « Les Anarchistes de droite ». L’année 1988 marque le début de la collection Monographies des villes et villages de France, qui a pour but l’exhumation du patrimoine historique local et qui compte en 2013 environ 3 300 titres. Utilisant les avantages de la reprographie, Micberth lui donne ses premières lettres de noblesse, en conférant aux ouvrages publiés une qualité d’impression identique à celle de l’imprimerie traditionnelle. Il ouvre alors la voie à l’impression numérique, révolutionnant ainsi le monde de l’édition. Passionné par le livre et l’écrit en général, Micberth s’est toujours, depuis 50 ans, les moyens techniques d’une structure d’impression autonome pouvant diffuser ses idées. En 1995, il participe activement à l’émission « Les Meilleurs de nuit » animée par Hubert Wayaffe, rencontré à Europe 1 trente ans plus tôt. En 1998, il se lie d’amitié avec Bob Denard, le mercenaire héros de son adolescence.

Lassé des incessantes persécutions judiciaires engendrées par la violence de ses textes, il cesse d’écrire des pamphlets à la fin des années 1980, pour ne plus se consacrer qu’à son activité d’éditeur. « Si, comme pamphlétaire, je n’ai guère été aimé au cours de ma vie, écrit-il, j’ai fait l’unanimité pour mon travail de directeur de collections ou d’éditeur : 6 000 articles de presse ont salué mon entreprise éditoriale : gauche, droite et parfois les extrêmes ont reconnu mon activité, applaudi mon courage, exalté mon honnêteté. Avec acharnement et sans me mettre en avant, j’ai cassé les angles réduits de la vision myope. J’ai impitoyablement pourfendu l’entendu, le conventionnel, la pensée unique, bref, j’ai déculotté les flics des idées ». Ultime clin d’œil, Micberth venait de s’inscrire au Collège de ‘Pataphysique, rejoignant d’illustres devanciers.

 

Ouvrages de Micberth :

. Pardon de ne pas être mort le 15 août 1974, 1975.

. Révolution droitiste, 1980.

. La Lettre, 1986.

. Les Gros Niqueurs (en collaboration),1990.

. Dix ans après Révolution droitiste, en collaboration avec F. Richard, 1991.

. Petite Somme contre les gentils, 1986-1995.

. Le Pieu chauvache, 1990-2002.

. Les Pensées de l’escalier, 1984-2009.

. Histoire insolite des régions de France (en collaboration), 2012

 

Ouvrages sous le pseudonyme de Mathurin Hémon :

Dans la collection Histoire insolite : Bourgogne, Bretagne, Centre, Champagne-Ardenne, Franche-Comté, Picardie.

 

Ouvrages de Micberth à paraître :

. Les Vociférations d’un ange bariolé.

. Nouveau Pal et triques variées.

. Mimi sait tout

. Dictionnaire des citations micberthiennes

 

Ouvrages parus sur Micberth et son œuvre :

. Micberth et la pseudomicrocaulie, 1973.

. La Mesnie micberthienne, 1991.

. Micberth et le théâtre en question, 1992.

. L’anarchisme de droite dans la littérature française, 1988.

. Micberth anarchiste de droite, 1992.

. Micberth, repères biographiques, 1992.

. Micberth ou la vie rebelle, les années 60, 2013.

. Les anarchistes de droite (Que sais-je ?), 1991 et 1997.

. L’aristocratie libertaire chez Léautaud et Micberth, 1996.