En mars 2013, les archives départementales d’Indre-et-Loire rendaient accessible au public le fonds 237 J regroupant des plaquettes de poésie publiées par la Jeune Force poétique française, « organisme créé à Tours en 1963 par Micberth et qui a fortement marqué de son empreinte la vie culturelle tourangelle pendant une dizaine d’années. »

Cette année, pour la 18e édition du Printemps des poètes, de grands auteurs du XXe siècle seront célébrés dans tout le pays. La poésie ou « le dernier refuge de l’homme libre », selon l’organisateur de la manifestation, reste un genre littéraire important dans la société actuelle.

Alors, toujours vivante, la poésie ?

Micberth y fit ses premiers pas à l’âge de 8 ans, en 1953. Ecrire est pour lui un moyen d’exprimer ses émotions, ses bonheurs, ses chagrins et ses révoltes. Enfant prodige en butte à l’incompréhension familiale, il a besoin de s’échapper d’un monde étroit pour respirer, rêver et espérer. Il écrira des centaines de poèmes et trouvera dans la poésie une voie qu’il suivra pendant une bonne quinzaine d’années. En 1963, il fonde la Jeune Force poétique française, vaste mouvement pour le rassemblement des poètes (avec des représentants dans 40 pays) présidé par Louis Aragon et véritable laboratoire sociologique. Ses poèmes sont lus sur Europe 1 dans l’émission « Rendez-vous aux Champs-Elysées » avec Robert Willar. Le poète Pierre Jean Jouve le surnomme le « Baudelaire de la poésie moderne ». Quelques années plus tard, Micberth lance le libéralisme poétique (naturel et spontané) et part en guerre contre les vers de mirliton.

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M.-G. Micberth (1962-1963)

A propos du libéralisme poétique il écrit : « La liberté s’entend par l’expression exacte des vibrations internes du poète. Tous les êtres et particulièrement les artistes se considèrent dans leur monde subjectif comme des parias, des êtres néfastes, pervertis et le public les laisse avec raffinement dans ces conceptions toutes faites, dans ces attitudes stéréotypés. En prenant conscience que le monde intérieur de ses semblables est identique au sien, le poète libre exprime une réalité souvent immorale pour le commun des mortels. Le libéralisme crache sur ces frontières et se veut libre de tous préjugés. »

La plaie

 La tour draine ses longs échos

aux chouettes qui s’enterrent

dans la nuit des grands arbres mauves

 

je cherche dans un fourré

des glands de sarcasmes

pour planter en ma vie fiévreuse

 

je rayonne le sentier

de mes longs pas de gouffre

et les armures scintillent

au reflet des trois lunes d’opale

 

un renard pour une haleine chaude

se désaltère au creux de mon flanc

du sang de la blessure

que tu m’as offerte

un soir de juin.

– Un coeur pour mille, 1964.


Dans son « Manifeste autobusiaque », Micberth explique : « En poésie, l’autobusiaque se différencie du poète de la tradition par l’exigence de son vécu. Il s’exprime vis-à-vis de l’expérience et adapte ladite expérience au figuratif d’existence qu’il perçoit.

J’imagine l’objet à décrire dépouillé de l’intention sémantique après avoir éprouvé SA FONCTION. Ce verre de vin rouge devient pour moi « un chien brûlé aux poils danois » ; je l’écris car je ressens de cette manière, mais je sais logiquement que c’est un verre de vin rouge.

Dans cette phrase, la métaphore devient « efficience métaphorique ». L’intention n’est pas à l’original, mais à la provocation à partir du symbole. Le risque d’ésotérisme s’annule par la Force passionnelle de l’expression. »

En virgule 

Ecrire

et te voir dissiper tout ça

avec un air de daphnie

parthénogénétique

j’ignore tes raisons

de buccinatrice

mais il faut bien me l’avouer

j’ai vachement mal

Et si tu voulais

barreauder avec tes passions

elles s’interpénètreraient

jolie chose

De cause à effet

c’est toi qui causes

ma toute jolie

Je prendrai mon vol

petite

tel un alphabet

et gare à toi, barotte

qui ne fais pas le poids

mon esprit désinentiel

potentiel de séductions

spirituelles

j’espère

vibrerait

tel Untel

le beau chemin illogique

et syntactique

de nos grandes traînées

tu sais en virgule

sur les murs du couloir

à la mère Menou.

– Autobusiaque, 1967.

 

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En 1984, paraîtra un recueil de poèmes intitulé « Les Pensées de l’escalier », composé de textes sélectionnés dix ans plus tôt. Une sélection sévère, puisque beaucoup de textes n’ont pas résisté à la censure. Ils dorment dans les cartons ou sont passés directement à la trappe. L’essentiel a été réuni, néanmoins, pour faire revivre ces années en poésie où l’on distingue trois grandes périodes : les poèmes de l’enfance et de l’adolescence (1953-1962), l’époque du libéralisme poétique (1963-1966), les textes autobusiaques (1966-1973). Au début des années 1970, Micberth écrira son roman « Le Pieu chauvache » aux multiples aventures (relatées ici). Puis il se tournera vers l’écriture pamphlétaire, où il excellera : « Actual-Hebdo », « Le Nouveau Pal », « La Lettre ».