M.-G. Micberth nous quittait le 19 mars 2013. C'était un mardi, au petit matin. Un mardi noir ! Et depuis ? Depuis, « Partout le futile, le nul, le désespérément salaud, la trahison », pour reprendre ses propos d'il y a quarante ans. Il pressentait. Il savait, à la lumière des signes. La psychosémiotique était l'un de ses dadas. « Asudam est nerveux, mais les pronostics de cet anti-Choron tombent diablement juste », écrira Irène Andrieu pour saluer la plume et la clairvoyance du grand pamphlétaire qui fit ses preuves dès les années 1970.

Maintenant qu'il n'est plus là pour hurler dans le désert, il est urgent de témoigner, de lutter contre l'oubli. Son action culturelle menée depuis les années 1960 fut sans nul doute « une déclaration de guerre à la pensée contemporaine ». Son humour ravageur n'avait d'autre but que bousculer les mythes éculés, déboulonner les idoles en carton-pâte, débusquer le mensonge et le pourfendre au mépris du danger.

« Je n'ai jamais voulu que le bien des hommes, je suis vide de tout machiavélisme, de toute perversité. J'aime trop mon pays pour ne pas espérer qu'un jour, il se débarrasse de sa lie, définitivement et en douceur. Quand on veut imposer le mauvais chemin à un enfant rétif, son visage se chiffonne, son front se barre, son poing se lève, sa poitrine hurle : non ! C'est pour moi la plus belle image de l'éternelle révolte de l'innocence contre l'indécrottable connerie des faillis à deux pattes, gros cons du conformisme, tristes usines humaines à caca quotidien. Bientôt, je serai un vieux de corps mais ma révolte restera verte, vieux certes, mais avec l'âme ardente, toujours turgide d'espérance. Reconnaissez que ça serait ach'tement dommage que je crevasse d'une balle perdue avant d'avoir eu le plaisir de refuser mon siège à l'Académie. Non ? »

Un belle profession de foi s'il en fut.

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