19 mars 2013. Douze ans de silence ! Vous nous manquez : votre révolte, votre humour, votre clairvoyance. Il nous reste vos textes, et la « souveraine maîtrise de (votre) style dans une langue merveilleusement vivante », comme en témoigne le dernier « Bulletin célinien » qui salue la parution (tout nouveau, tout chaud) des Vociférations d'un ange bariolé, vos pamphlets des années 1973-1974. Un morceau d'anthologie qui propose un regard décapant sur l'actualité d'alors. Quelques années plus tard, vous écrirez : « J'ai choisi un genre terrible : le pamphlet ; flétri d'office par le lieu commun « Tout ce qui est excessif est insignifiant ». Pourtant, vous y avez excellé et acquis une solide réputation. Vous y êtes même passé maître. Étiez-vous l'un de nos derniers grands pamphlétaires ou bien tout simplement le dernier ?

« J'ai besoin de m'indigner constamment. Les gens qui sont incapables de s'indigner sont des gens morts », disiez-vous. La révolte, chez vous, était constitutive, toujours fondée. La provocation n'était jamais gratuite ; vous vouliez prévenir, faire réagir jusqu'au sursaut pour éviter l'échec de notre pauvre monde. « Depuis 30 ans, notre pays engendre périodiquement des enfants désespérés, nourris de nihilisme et de matérialité, saouls de verbiage et de pathos », écriviez-vous en 1974, il y a plus de 50 ans !

Homme libre, vous reconnaissiez la nécessité d'une autorité « à la condition qu'on ait librement choisi son maître ». Vous avez pourfendu « la pensée unique », incitant vos contemporains à désobéir, refuser le mensonge et l'absurdité de nos dirigeants. Il fallait, disiez-vous « réapprendre à vivre ». Vous combattiez la bêtise sous toutes ses formes : « J'exècre la bêtise. Voilà pourquoi je ne suis pas un démocrate. Dix mille cons ne feront jamais une intelligence. »

On vous présente aujourd'hui comme un Anar de droite à la « personnalité flamboyante et outrancière ». Vous avez même la chance de figurer dans le camp des Infréquentables près (tout près) de Céline et Bloy (What else ?). "Anar", vous avez fini par accepter l'étiquette ; "de droite", personne ne dira le contraire. Permettez-moi de citer cette définition de vous-même parue dans « La Lettre » il y a tout juste 40 ans : « Tant pis pour la réclame que l'on me fait, mais je préfère l'étiquette de voyou droitiste à celle de renégat ou de simple trou du cul ». Belle image !

En ce triste anniversaire, pourquoi ne pas conclure ce rendez-vous sur une note d'espoir intemporelle ? « La vie est multiforme avec plein de couleurs et de bruits jolis, plein d'émerveillements sous les pas. Le paradis, c'est ce que nous foulons sous nos semelles tous les jours. L'enfer, c'est ce qu'en font les cons alentour, les gros majoritaires et même les petits contestataires merdeux. » (« Le Pieu chauvache », écrit en 1972.)

RIP et continuez à veiller sur nous ici-bas. AM

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