Quelque temps avant votre grand départ le 19 mars 2013, vous vous interrogiez : « Je me suis souvent demandé si j’aimais vraiment mon époque, si je n’étais pas, par déformation professionnelle, nostalgique des anciens régimes (le pluriel est volontaire). Je ne le crois pas. Je me sens un homme actuel. Un homme équilibré entre cette fantastique histoire qui pousse derrière et que je vénère, et l’avenir à préparer, à appréhender dans l’intérêt de l’honnête homme futur. Interpréter tous les signes de nos devanciers, toutes leurs traces, ordonner leur enseignement à la lumière des nouvelles connaissances et conduire sa vie au mieux des intérêts supérieurs de l’esprit. Pour que l’homme échappe à la bête. »

Amoureux du passé, cette « fantastique histoire », vous avez fait en sorte qu’elle soit accessible à de nombreux lecteurs en créant la collection « Monographies des villes et villages de France », vaste entreprise d'exhumation du patrimoine historique local, menée avec le précieux concours des bibliothécaires, archivistes, collectionneurs et auteurs passionnés. « Chaque pierre nous invite contre l’oubli au voyage dans le passé », avez-vous écrit.

Lassé des incessantes persécutions judiciaires suscitées par vos textes pamphlétaires, vous avez décidé un beau jour de ne plus vous consacrer qu’à votre travail d’éditeur, votre « grand œuvre ». Vous écrivez à la fin des années 1990 : « J’ai simplement servi avec opiniâtreté la cause extraordinaire de la connaissance : chercher, trouver et faire connaître au plus grand nombre. » Curieux et novateur, vous n'avez pas hésité à associer techniques nouvelles d’impression et méthodes artisanales pour rééditer des livres rares de qualité ou publier des auteurs passionnés par l’histoire de notre pays, « où la police des idées impose sa loi ».

Considérant le livre autrement qu’un banal produit de consommation, vous avez dit : « Peu importe qu’un livre d’histoire dorme vingt ans dans des rayonnages, s’il doit être un jour ouvert pour être lu, aimé ou critiqué. » Dans le même temps, vous vous êtes ému de la disparition de nombreux lecteurs âgés. « Nous disparaissons lentement mais sûrement. Il en va, dit-on, de la volonté divine et nousne laissons derrière nous que des bouffeurs d’images qui haïssent la culture comme nous méprisons leurs gesticulations (pardon, leur art), leur bruit (pardon, leur musique). D’un côté, nous mourons parce que le temps nous pousse et de l’autre, nous n’avons pas su nous reproduire. » Prémonition...

En 2025, votre talent de pamphlétaire dans les années 1973-1974 a été chaleureusement salué. Nous nous devions de réunir tous vos articles incendiaires de ces années-là. En 2026, notre catalogue compte plus de 3 700 titres et de nouveaux auteurs nous rejoignent de plus en plus pour exhumer le passé. N’oubliez pas de veiller sur nous pour continuer votre œuvre.

« Le parfum de l'âme c'est le souvenir. » (George Sand)

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